actualités > agence
agence / 23.01.19

Bonne année ! Ce qui nous attend en 2019…

23.01.19

Visite de l’ancienne centrale thermique d’EDF organisée par la compagnie Tangible dans le cadre de sa résidence sur le territoire des Ardoines © photos : Myriam Drosne
 


Pour entamer la nouvelle année du bon point, quoi de mieux qu’un petit bilan en forme prospective ? Voici quelques sujets qui nous ont occupés en 2018, et que l’on espère bien continuer à creuser en 2019…


SOS Plombier : quels espaces pour « fabriquer en ville » en 2019 ?

Thème de recherche : Fabriquer en ville

2018 aura vu l’ouverture de deux lieux iconiques des nouvelles formes du « fabriquer du ville » : le makerspace Make it à Marseille (émanation marseillaise du célèbre fablab Ici Montreuil) et l’hôtel logistique de Sogaris au coeur du projet Chapelle International, millefeuille programmatique inédit qui superpose un terminal de fret ferroviaire, des espaces d’activités, des terrains de sport et une ferme urbaine.

Artisanat, logistique, fabrication, stockage… les activités « productives » (par opposition aux services et au tertiaire) sont donc aujourd’hui sous le feu des projecteurs. Car les exemples enthousiasmants cités ci-dessus cachent un constat alarmant, que les collectivités locales tentent, depuis quelques années, d’infléchir (en témoignent le fabcity summit ou le manifeste pour un territoire productif du Territoire Grand Orly Seine Bièvre, tous deux lancés en 2018) sans parvenir - pour l’instant - à enrayer la tendance : un mouvement centrifuge qui repousse toujours plus loin des centres urbains des activités pourtant indispensables à leur fonctionnement - et à l’emploi ! Un rapport des CCI d’Ile-de-France indique ainsi que les départements de Paris et de la Petite Couronne ont perdu en moyenne 30 hectares par an de surfaces d’activités productives entre 2003 et 2012.

Si la nécessité de « sauver le soldat activités productives » est aujourd’hui un impératif partagé, les solutions peinent à émerger : difficulté à mobiliser du foncier, offres immobilières peu adaptées aux besoins des petites entreprises, équation économique insoluble dans le neuf, cohabitation chaotique avec les autres fonctions urbaines… 2018 fut l’occasion pour le Sens de la Ville de se plonger dans cette vaste problématique, à travers des missions passionnantes à la frontière entre opérationnel et recherche. Ainsi, nous animons avec Quartus et Sogaris un Think tank sur l’immobilier à destination des TPE-PME « productives » ; nous accompagnons la ville de Champigny sur la mutation (productive) des Simonettes ; et nous avons planché avec l’agence Leclerc sur une programmation d’activités sur le secteur Gare des Mines.

Et en 2019, l’actualité promet d’être encore riche sur ce sujet. Nous suivrons de près la livraison des SOHO (ateliers-logements) et de la ferme verticale de Romainville. Nous cogiterons sur la gare des Gobelins avec Sogaris dans le cadre de Réinventer Paris, et nous engagerons une démarche partenariale avec les industries de la Partie Centrale des Ardoines pour le compte de l’EPA-ORSA.



Les rez-de-chaussée : une base commune à réinventer !

Thème de recherche : Les Rez-de-chaussée

Vider Paris, série photographique de Nicolas Moulin


Qu’ils soient actifs, inactifs ou festifs, les rez-de-chaussée continueront à ponctuer l’actualité de 2019 : le Programme « Action cœur de ville » amorcera, qui sait, « la grande transformation pour les centres-villes » donc de leurs pieds d’immeubles. Ils sont depuis quelques semaines déjà sous le feu des projecteurs avec les Gilets jaunes, grâce à qui l’on finit de prendre conscience de ce que serait une ville vidée de ses commerces (fermeture des commerces de quartiers entiers). Favoriser les petits commerces des villages et centres-villes fait d’ailleurs explicitement partie de leurs revendications.

Côté Sens de la Ville, on continue à en faire un sujet de recherche prioritaire : en 2018, les étudiants du cycle de Sciences Po ont restitué leur travail lors d’un workshop. Nous leur avions commandé un état des lieux problématisé des acteurs impliqués dans la fabrique des rez-de-chaussée. Leurs conclusions ont conforté notre intuition : une cartographie d’acteurs en pleine évolution, mais laissant de vrais trous dans la raquette ! Après une saison 1 de diagnostic (avec Sciences Po), nous enchaînons avec une saison 2 visant à prototyper une foncière citoyenne de rez-de-chaussée avec Plateau urbain : elle s’appellerait Base commune. Partant du constat que le rez-de-chaussée sont le fond de scène de l’espace public, nous souhaitons faire de Base Commune un levier possible d’empowerment.

Et nous ne sommes pas les seuls à vouloir « réinventer les rez-de-chaussée ». Nombre de réponses aux Réinventer ont défendu des programmes à rez-de-chaussée relevant de l’équipement privé d’intérêt collectif (comme nous l’avons analysé dans Métropolitiques). Enfant des Réinventer, Soco est né en décembre dernier : foncière commerciale solidaire montée par Altarea Cogedim, Baluchon et le crédit coopératif en joint-venture sociale.



En 2019, les réinventer en chantier ?

Thème de recherche : Réinventons

Retour d’expérience Inventons la métropole : un extrait de notre analyse réalisée avec Partie Prenante


Il y a fort à parier que l’on soit à l’aube d’un nouveau cycle pour les appels à projets urbains innovants (APUI) qui sera également une heure de vérité. Si l’on s’arrête aux seuls projets franciliens, 2019 sera d’abord l’année de l’annonce des résultats : 26 sites de Réinventer Paris 2 (dont les finalistes viennent d’être désignés), 4 sites de Reinventing Cities, 27 sites d’Inventons la Métropole 2. Pendant ce temps, les travaux d’analyse et de commentaire sont allés bon train, créant un espace de débat qui avait fait défaut au début de la démarche. Nous y avons contribué en partageant un questionnaire sous forme de retour d’expérience (aviez-vous lu notre série de billets sur les Réinventer ?) prolongé par une mission avec le PUCA . CityLinked et Catherine Sabbah ont publié l’inventaire des Réinventer.

La trêve électorale qui va bientôt s’ouvrir jusqu’aux municipales devrait toutefois refroidir sérieusement la machine. Et, fait majeur depuis 2014, il n’y aura sans doute quasiment pas de nouvel appel à projets lancé en 2019. Une pause bienvenue pour les équipes de développement lessivées des promoteurs immobiliers… et un cycle de mise en oeuvre qui s’ouvre avec, on l’espère des premières réalisations qui permettront de juger sur pièces. La première réalisation issue d’un APUI, le Philanthro-Lab, devrait d’ailleurs ouvrir ses portes début janvier, et la moitié des 22 sites de réinventer.paris 1 sont d’ores et déjà en chantier ! Dans le même temps, les 20 lauréats de réinventer la Seine et les 53 projets de Inventons la Métropole 1 semblent patiner un peu : plus grands, sur des marchés immobiliers moins porteurs, portés par des collectivités moins outillées ?

L’heure nous semble en tous cas venue d’un travail d’évaluation initié et porté par les collectivités, à l’image de la démarche qu’a conduite Angers. On espère alors avoir des réponses à quelques questions qui nous taraudent : les projets échappent-ils à une standardisation prévisible une fois entrés dans le processus de réalisation opérationnelle ? quels écarts entre les engagements d’innovation et leur réalisation ? quelle solidité des équipes pluridisciplinaires à l’épreuve du temps, quelle réalité des usages proposés ? quelle différence, finalement, par rapport à des formes de consultation plus « classiques » ? De notre côté, nous continuerons, on l’espère, à suivre la mise en oeuvre de l’Usine des Eaux d’Ivry, à oeuvrer aux côtés de PostImmo sur le lancement d’appels à projet portant sur leur patrimoine des années 70, et à travailler sur la gare des Gobelins dans le cadre de réinventer.paris 2 dont nous sommes finalistes.



Nouveaux usages : réinventer le concierge ?

Thème de recherche : Nouveaux usages

La conciergerie du Parc en rez-de-chaussée de l’opération îLink : au programme ! (Photo : Le Sens de la Ville)


En 2018, notre travail d’accompagnement de la Samoa sur l’île de Nantes pour une stratégie « nouveaux usages» a permis de souligner la densité des propositions en la matière sur le quartier de la Prairie-aux-Ducs (conciergerie, salle partagée, atelier de bricolage, buanderie…). Fait marquant, fin 2018, la conciergerie du Front Pop' a posé ses bagages au rez-de-chaussée de l’opération îLink, devenant la conciergerie du Parc. La maire de Nantes Johanna Rolland a rendu hommage à « un projet qui s’appuie sur des habitants-citoyens qui sont invités à prendre leur avenir en main et à s’engager dans la fabrique de leur ville ».

Mais notre travail avec la SAMOA a aussi montré la difficulté à pérenniser ces « nouveaux usages » et à leur donner une dimension collective, à l’heure où tout un pan de services (souvent dématérialisés) ciblent un usage individuel, et où certains espaces partagés ont déjà fermé à Lyon Confluence. Forts de ce constat, nous mettons les mains dans le cambouis en 2019, en creusant cette question de l’impulsion et de la gestion des usages collectifs de manière très opérationnelle. Nous travaillons en effet avec la SAMOA à l’élaboration d’un « bidule », figure hybride entre le concierge d’antan, le référent de quartier et la maîtrise d’usage. Cette réflexion s’inscrit à l’échelle du quartier République, où un chantier de plus d’une quinzaine d’années se prépare, avec l’ambition de prolonger la marque de fabrique « usages » déjà bien installée sur l'Île de Nantes. Dans un parfait alignement des planètes, cette réflexion converge avec les interrogations de Paris & Métropole Aménagement, que nous accompagnons sur la ZAC Saint-Vincent-de-Paul : là aussi, comment encourager les « communs » à l’échelle d’un futur morceau de ville à forte mixité sociale… sans créer un monstre-gestionnaire ? Des réflexions qui ne sont pas sans rappeler certaines expériences des années 70-80 : des locaux communs résidentiels aux régies de quartier, nous avons à coeur de rappeler que ces « nouveaux » usages s’inscrivent dans une histoire déjà dense et riche d’inspirations !

En 2018, nous avons également mis un pied dans le monde des bailleurs, sources de nombreuses innovations dans l’habitat collectif. En interrogeant la pertinence de la maille du macro-lot avec l’Union Sociale pour l’Habitat, nous approfondissons les sujets de gestion, de maintenance et de montage sur le long terme. La suite à lire courant 2019, avec la publication à venir d’un cahier « Repères » de l’USH sur cette thématique, auquel nous aurons la chance de contribuer.



L’urbanisme transitoire, bien parti pour durer

Thème de recherche : Urbanisme transitoire

« Nous la Cité » : une structure éphémère d’animation à Montreuil, support de la co-programmation


L’année 2018 couronnait le concept de l’urbanisme transitoire en lui accordant ses lettres de noblesse lors de la biennale de Venise avec le pavillon français « Lieux Infinis ». S’est ensuivie une vague médiatique (à laquelle nous avons contribué, nous aussi !), multipliant les articles élogieux ou soulignant au contraire les tensions qui traversent l’urbanisme temporaire, entre laboratoire d’une ville plus collaborative et terreau de la gentrification. En écho, les institutions politiques confirmaient juridiquement le concept, avec l’adoption en février 2018 d’un voeu relatif à l’urbanisme transitoire au conseil du Grand Paris.

En parallèle, les projets, plus ou moins éphémères, naissaient et disparaissaient : fin du Wonder à Bagnolet, premier été pour Yes We Camp aux Groues, hibernation de la Halle Papin, lancement de la Station E à Montreuil, saison 2 des Grands Voisins… De notre côté, cheminant aux côtés de Paris Batignolles Aménagement sur la ZAC Saint Vincent de Paul, nous avons mesuré les apports du transitoire dans la définition du projet, et dans l’évolution des pratiques de l’aménageur. Aux côtés d’Est Ensemble et de l’EPA Euromed, nous avons réorienté et construit des politiques publiques et outils de soutien aux occupations temporaires. De manière plus opérationnelle, pour la SOLIDEO et la RIVP, nous avons pensé l’urbanisme transitoire comme levier d’une fabrique urbaine plus ouverte aux usagers.

L’année qui vient devrait quant à elle permettre de poursuivre la réflexion collective sur les conditions d’un urbanisme transitoire synonyme de « bien commun » et sur la définition de modèles économiques robustes. Pour Le Sens de la Ville, elle concrétisera une action d’urbanisme transitoire dans le quartier Châteaucreux à Saint-Étienne, dans le cadre de notre accord de maîtrise d’oeuvre : l’activation d’un rez-de-chaussée par le collectif Palco dans le cadre de la Biennale du design 2019.
Elle poursuivra la stratégie d’urbanisme transitoire conçue à l’échelle de la Porte de la Villette comme une démarche incrémentale de programmation du futur quartier, en prenant garde à démarginaliser sans dénaturer cet espace si particulier. Elle sera aussi l’année de naissance des projets sélectionnés dans le cadre de l’AMI « Activez Euroméditerranée ». Après le couronnement de l’urbanisme transitoire, c’est donc l’amorce d’un règne que nous espérons éclairé et démocratique !